Un malheur ne vient jamais seul

Rédigé par: | Publié le: | Catégorie:

Au retour d'une randonnée au Parc naturel Irving de Saint John, ma conjointe et moi nous sommes dirigés vers la plage où se trouvaient déjà quelques personnes.

Deux dames se reposaient sur le rivage; une d'entre elles était allongée sur une couverture déposée sur le sable alors que l'autre était assise dans une chaise de plage tressée, comme on en voyait dans les années 60. Une radio ou un téléphone intelligent diffusait de la musique d'opéra, ce qui conférait à la scène un caractère pour le moins... surréel.

À proximité, deux messieurs venaient de quitter le stationnement avec des chaises pliantes sous le bras et s'avançaient en direction d'un groupe d'oiseaux posés sur la rive.

Nous avions remarqué ces oiseaux avant même de mettre les pieds sur la plage, car une silhouette sombre tranchait distinctement avec les goélands que nous avions identifiés. À première vue, nous avions pensé qu'il s'agissait d'un corbeau, mais en y regardant de plus près, nous nous sommes rendus compte qu'il s'agissait en fait d'un pygargue à tête blanche immature. Quelle trouvaille!

La raison de leur présence nous étant inconnue, nous avons trouvé étrange qu'ils se tiennent à proximité des humains, particulièrement en ce qui concerne le pygargue.

Au fur et à mesure que les messieurs à chaises pliantes s'avançaient, nous pouvions percevoir l'inconfort du pygargue.

Inconfort qui n'a cessé de croître jusqu'au point où l'oiseau, se sentant probablement menacé a décidé que le salut était dans la fuite...

Sur la photo suivante (floue, au demeurant), on aperçoit une masse blanche sur la plage devant le pygargue qui prend son envol. Il s'agissait en fait de la carcasse d'un oiseau marin, un guillemot probablement, qui faisait l'envie du groupe d'oiseaux. C'est ce que nous avons pu conclure à ce moment.

C'est donc le premier malheur qui s'abat sur notre ami, obligé par la force des choses d'abandonner son butin aux becs des goélands, moins effarouchés par la présence humaine.

Il prend de l'altitude. Sans doute encore frustré par sa fuite, il semble ne pas nous voir et se dirige maintenant droit sur nous. Tiens, tiens, c'est une aubaine pour le photographe...

J'ai de la chance, car j'ai mon téléobjectif le plus puissant monté sur mon appareil, mais la faible luminosité et la présence de brouillard pourraient compromettre l'efficacité de la mise au point automatique. Peu importe, je déclenche! Je capte son passage devant nous alors qu'il fulmine intérieurement. S'il existe des jurons dans le monde aviaire, il les récite assurément! Le photographe aurait aussi envie de le faire, car la photo que je réussis à prendre est floue... une occasion en or qui est manquée.

Le pygargue s'éloigne des humains, mais il voudrait quand même garder un oeil sur le repas potentiel... alors il tente de se poser sur un arbre, en bordure de la plage. Manque de chance pour une seconde fois, la branche cède sous son poids et il dégringole maladroitement. Comme il doit être humilié... On le voit complètement en bas de l'image, essayant de reprendre un semblant de dignité et un peu d'altitude.

Deuxième malheur...

Il poursuit donc sa route pour se soustraire aux regards moqueurs des goélands restés sur la plage. Tout comme nous, ils ont tout vu.

Il se pose finalement sur un rocher pour cuver sa colère en paix et pour garder un oeil sur la compétition.

Ce serait quand même dommage que j'aie pris le temps de vous raconter cette histoire sans une image acceptable de notre personnage principal, non? Lui qui était passé si près du photographe.

J'ai gardé une surprise pour la fin. Lorsque le pygargue est passé devant nous, j'ai eu la chance que l'appareil fasse une mise au point sur lui et que l'image soit quand même acceptable malgré l'arrière-plan uniformément ... uni.

À notre départ de la plage, le pygargue n'avait pas encore quitté son rocher. Qui sait, peut-être a-t-il récupéré son butin après le départ des touristes, à moins que les goélands ne lui aient dérobé pour de bon?

Sunday October 29th, 2017
Suivant