Lecture à vue

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Comme photographe, je suis toujours à la recherche d’idées nouvelles pour des projets personnels. Étant aussi musicien, il est donc naturel que je sois attiré par tout ce qui touche la musique, les musiciens et leurs instruments. Pourquoi alors ne pas combiner mes deux passions et proposer à une amie musicienne, Johanne Pomerleau, une séance de portrait la mettant en vedette avec son violoncelle. Il me restait alors à trouver l’environnement approprié pour réaliser son portrait dans un style intimiste.

De grands compositeurs ont écrit des œuvres magnifiques suite à un voyage, à une rencontre marquante ou encore suite à une expérience significative. On a qu’à penser à Mendelssohn et sa symphonie No. 4 dite l’Italienne, à la Lettre à Elise (Für Elise) de Beethoven ou encore aux Tableaux d’une exposition de Moussorgksy.

Sans vouloir me comparer à ces maîtres, comme photographe, je me suis mis en quête d’inspiration, à la recherche d’un lieu propice pour y installer mon studio lorsque... j’ai frappé un mur!

En fait, le hasard a voulu que je constate la présence du mur et de son potentiel pour mon projet. Un endroit très accessible, où Johanne pouvait prendre position avec son instrument et où l’on pouvait créer un éclairage convenant au style de portrait que je souhaitais réaliser. Quelle chance!

D’abord le repérage. Muni d’un minimum d’équipement, j’ai validé mes hypothèses d’éclairage en prenant quelques images sur place, une semaine avant la séance. J’ai pu constater que la structure du mur interagissait parfaitement avec le faisceau lumineux que je dirigeais sur cet arrière-plan. Il a été alors convenu de travailler en soirée, car la lumière naturelle n’interfèrerait pas avec les flash. Ce délai me permettrait aussi de peaufiner une idée pour laquelle j’avais besoin d’accessoires.

Une fois le matériel installé, notre modèle s’est prêtée généreusement à l’exercice. Nous avons exploité l’environnement de notre studio improvisé et exploré les interactions possibles de Johanne avec son violoncelle lors de la séance afin de créer des atmosphères différentes. Nous en avons ainsi obtenu une série très satisfaisante.

S’ajoutait à cela une idée que j’avais en tête, celle de représenter une musicienne dans le feu de l’action, lors de l’exécution d’un pièce musicale. J’avais donc rassemblé un grand nombre de photocopies de partitions que je comptais utiliser afin d’y parvenir. Il restait maintenant à concrétiser le tout. Nous avons pu compter sur la collaboration de Gilles, son conjoint, pour y parvenir.

Après avoir disposé au sol une partie des partitions et demandé à Johanne de fixer un point dans l’espace situé devant elle, j’ai demandé à Gilles de projeter dans les airs celles qui restaient en espérant obtenir l’illusion, à la prise de vues, qu’elles étaient suspendues dans les airs et que la musicienne pouvait les lire.

La vie est une succession d’essais et d’erreurs. Il allait en être de même pour notre tentative de créer cette illusion. Lors du premier lancer de feuilles, Johanne les a reçues en bloc sur la tête! Heureusement, plus de peur que de mal. À vrai dire, elle semblait très amusée, car on la voit rire sur cette première prise, en constatant qu’elle verrait les partitions de près. De très très près!

Avec l’expérience, Gilles a rapidement modifié sa technique ainsi que la trajectoire des feuilles qu’il projetait dans les airs, au grand plaisir du photographe et du modèle! Quelle satisfaction de voir le résultat sur l’écran de mon appareil au fur et à mesure que nous répétions les prises de vues, jusqu’à l’obtention du résultat final.

Le résultat d’une séance de prise de vues n’est pas toujours prévisible. Parfois, une idée qui nous semblait géniale sur papier nous procure moins de satisfaction lorsque qu’elle est réalisée. C’est loin d’être le cas ici!

Les voies de l’inspiration sont parfois impénétrables. Qui aurait pu deviner qu’un mur, un simple mur, aurait servi d’étincelle à un photographe pour une idée de portrait et suscité une si belle rencontre?

Merci pour ta complicité, Johanne, et pour ta collaboration, Gilles!

Sunday October 29th, 2017
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