Photo argentique

Écume de mer

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C'est une journée d'hiver hors de l'ordinaire. Bien que le mercure indique -15°C, pas un souffle de vent ne vient troubler la surface du fleuve. Le soleil brille de tous ses feux.

Les glaces sont bien présentes sur les abords du quai de la pointe de Rivière-du-Loup, contrairement aux derniers hivers. La longue séquence de journées froides du mois de janvier y est pour quelque chose.

Ces conditions rendent la sortie photo que j'effectue avec mon appareil moyen format des plus agréables. Les gens que je croise en empruntant le sentier qui longe la rivière sont de bonne humeur. Certains promènent leurs chiens, d'autres s'arrêtent pour jaser un peu avec des connaissances. Des petits plaisirs de la vie qu'il faut savourer en temps de pandémie.

Je fais le tour du secteur en captant des images à l'aide de mon appareil: des amoncellements de glace sur le fleuve et à l'embouchure de la rivière, des éléments de mobilier urbain encore présents sur le quai, le terminal du traversier désert à cette période de l'année. De tout et de rien.

Le rouleau de film de mon appareil me permet de prendre 15 photos, ce qui est rapidement réalisé. À mon retour à la maison, je m'empresse de le développer pour en évaluer le potentiel. C'est donc machinalement que j'enroule dans l'obscurité la pellicule sur la spirale de développement. Je la place dans la cuve qui me permettra de poursuivre le processus à la lumière du jour, le film étant maintenant à l'abri.

Sauf que... j'oublie qu'il s'agit d'un film moyen format lorsque vient le moment d'ajouter la quantité de révélateur requise pour le développement. Comme j'ai plus souvent l'occasion de faire des photos en utilisant des appareils 35 mm, je sais qu'il en faut 300 ml pour couvrir entièrement la pellicule afin d'assurer le bon développement du film. Sans me poser de question, je verse 300 ml au lieu des 500 qu'il faudrait pour le rouleau de film moyen format.

Ce n'est qu'au moment de sortir le film développé de la cuve que je remarque ma bévue: la zone supérieure qui n'était pas immergée dans le révélateur n'a pas été correctement développée.

Durant la phase de développement, on doit agiter à intervalle la cuve contenant la pellicule. Cela crée une mousse dans le liquide. En inspectant mon rouleau de film lors du séchage, je remarque une zone comportant des empreintes de cette mousse. Un peu comme s'il s'agissait d'un verre de lait. Déception...

Jeter le film au complet ou le conserver? Parce que les négatifs sont plus grands que ceux pris en 35 mm, il y a peut-être une possibilité de récupérer au moins une partie de l'image.

Je tire donc une planche-contact pour analyser les images en positif. Je constate alors que les bulles, au lieu de gâcher complètement toutes les images, apportent à certaines d'entre elles un élément artistique inattendu.

Il y a finalement quelque chose à tirer de cette mésaventure. Il faudra bien entendu que je sois plus attentif à l'avenir lorsque j'effectuerai le développement de mes films. C'est une erreur que je ne veux plus refaire.

Mais on peut aussi apprendre de ses erreurs. Les accidents heureux ont parfois provoqué des découvertes intéressantes, à la manière de cette «écume de mer» qui se dépose sur des images du fleuve figé dans la glace.

Friday February 11th, 2022
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